22 juin 2007
Anesthésie générale
Je tourne en rond depuis plus de deux semaines, comme le faisait Donald – mon poisson rouge défunt. Paraît que Donald avait environ de 3 secondes de mémoire, comme tous les gars de son espèce. Un, deux, trois, et hop tout recommence. Table rase. Et à la réflexion, c’est vrai qu’il avait toujours l’air de tomber des nues ce con de poisson. Il en restait même bouche bée.
Mais moi, j'en ai beaucoup plus de la mémoire. Beaucoup trop même. Mon bocal me semble minuscule, maintes fois visité, archi connu... Une impression de déjà vu persistante et lancinante. Je suis Bill Murray dans un jour sans fin, condamné à revivre indéfiniment la même journée. Encore et encore.
En ce moment, où que j'aille, je marche dans mon propre passé.
La nuit dernière je me suis réveillé le bras droit paralysé. Je l’avais coincé durant mon sommeil, avais empêché le sang d’y circuler. Il avait disparu, je ne le sentais plus. Il était endormi. Je le pinçais mais ressentais que dalle. Il n’était qu’un poids supplémentaire. Quelques minutes de massage intensif ont été nécessaires pour le réanimer, pour qu’il ré-intègre mon moi… La vie l’avait momentanément quitté.
J’ai l’impression d’être comme mon bras la nuit dernière, sauf que je n’ai pas encore été réanimé. Je ne ressens rien ou pas grand chose. Mes émotions ne suivent plus. Cette semaine, j'ai dû arrêter la lecture d'un recueil de nouvelles de Raymond Carver. Je passais complètement à côté, incapable de me laisser transpercer. Les mots glissaient. J’aurais pu lire l’annuaire, c’eût été pareil. Même mater les petits culs de l’été, en terrasse avec mon pote Bastien, ne me distrait plus. Je les regarde passer comme un espoir déçu, avec l’envie de la tristesse.
Crise d'idéalisme. Je ne crois plus...
La réalité me plaque au sol, le souffle court, le nez dans la merde. J’ai besoin d’air.
J’ai toujours espéré que l’on me tende une main fraternelle. J’attends, la main ouverte... Qu’est-il advenue de l’amitié ? Existe-t-elle ailleurs que dans les cours de récréation, quand il suffisait de partager le même bac à sable pour se faire instantanément et tout naturellement un ami pour la vie ? En grandissant, tout se complique. La notion d’amitié perd de sa substance première et radicale. Il n’en reste qu’une coquille vide et un mot au sens galvaudé. En grandissant, l’homme devient manchot. L’Homme, le vrai, celui avec deux mains tendues, est aussi rare qu’un mouton à cinq pattes... Une véritable erreur de la nature.
J’aimerai avoir un ou une meilleure amie comme quand j’avais 8 ans. De cette amitié sans concession, sans effort ou faux-semblants. En ce moment, je n’y crois plus…
Trois secondes de mémoire à suffit à Donald pour avoir envie d’aller voir ailleurs. En rentrant de l’école, j’ai trouvé Donald immobile sur le plancher. L'instinct de survie. J’avais sept ans, j’ai pleuré. Il n’avait pas l’air surpris.
28 mai 2007
On se retrouve entre couilles
Je me sens bien finalement. Une température idéale, un brin d'air tiède qui me caresse, le soleil qui se couche sur mon bras, une vodka Martini posée devant moi. Les corps des femmes se reflètent dans le bâtiment d'acier et de verre de la place du Marché Saint-Honoré. L'agitation de ce début de soirée est grisante. La vie est autour de moi, pas loin.
Une femme est assise sur un plot de stationnement. Elle porte une robe légère, noire, des talons hauts, rouges, et un visage de chieuse, sévère. Une modeuse. Le téléphone collé à l'oreille, elle agite le bras libre qui lui reste dans tous les sens. Elle brasse de l'air, beaucoup d'air. Probablement tente-t-elle de recréer de sa main virevoltante la tempête qui se déchaîne sur son combiné. Une vraie furie. Je n'entends pas ses propos, tout juste des intonations de femme blessée. Sa bouche pincée crache sa rage, peut-être sa déception. Les mots semblent se bousculer. J'imagine un homme, son portable au bout de son bras, une grimace de douleur sur le visage, les oreilles baissées, qui attend que ça passe... Et cet homme ce n'est pas moi. Je me sens bien finalement.
« Hé! Tu m'écoutes pas?
- Bah oui je t'écoute... C'est juste que je regarde les femmes passer... Ta gueule je la connais déjà. »
Bastien me fixe un instant, me fait un sourire entendu et continue de parler dans le vide. Manifestement, mon explication lui convient. Mes yeux restent rivés sur ma chieuse modeuse en talons rouges. Sa position me permet d'admirer ses jambes fines et galbées qui se tendent au rythme de ses colères. Elles sont fermes. Bronzées. J'aime. Les jambes des femmes me laissent songeur, prédateur... Je me sens bien finalement.
Je me sens bien, mais je ne suis pas heureux. Toujours pas. Jamais plus. C'est con de se tenir sur le palier de la maison du bonheur sans pouvoir bouger, sans être capable d'y pénétrer. Merde. Y a-t-il une femme pour m'aider à franchir cette foutue porte? C'est à ce moment là que Magalie nous rejoint. Non, ce n'est pas un signe. Non, non, oui. Bordel, d’espérance à la con! Elle s'assied à côté de Bastien et me fait face.
Magalie est plus ou moins une collègue de bureau de Bastien. Ils se croisent de temps en temps grâce à leur boulot. C'est la première fois que je la rencontre. Rounds d'observation. Elle a du charme cette petite brune. Elle a surtout de grands yeux bleus translucides qui me font mendier ses regards. Une discussion s'engage. Cette fois j'y participe. Ca parle de tout, de rien, de tout, de rien du tout.
A son habitude, Bastien tente d'être drôle et sort des blagues et jeux de mots dignes de... Bastien. Une véritable hécatombe... Rien ne fait mouche. Il le sait, mais ne peut s'en empêcher. Ca sort, ça fait plouf, ça s'excuse et ça recommence. Je suis admiratif de son acharnement. Heureusement qu'il a une belle gueule ce con. Et puis, sa nouvelle paire de Gucci lui va vraiment bien.
Les verres s'enchaînent, c'est moi qui donne le rythme. Bastien me suit par habitude, Magalie nous suit par politesse bien qu'ayant laissé passé une ou deux tournées. Je me laisse glisser, je me laisse charmer par cette femme pétillante. C’est agréable, le charme d’une femme. C’est doux, ça réchauffe.
L’alcool aidant, elle est de plus en plus souriante, de plus en plus joueuse et tactile. Elle est réceptive à mes tentatives de séduction, mes sous-entendus, mes regards enveloppants et gourmands. Elle semble joueuse. Mais j’ai l’impression qu’elle en pince pour Bastien, elle rigole à ses blagues moisies. C'est un signe, non? Tant pis pour moi, tant pis pour cette fois. On continu à boire, on mange, on flirtouille comme ça toute la soirée. Oui, moi aussi. Ce n’est pas parce qu’elle n’est pas pour moi que je dois me flageller. J’ai quand même le droit de m’amuser un peu. Et puis j’adore flirter. Et puis ça me fait marrer, ça énerve Bastien. « Tu la dragues ? Elle t’intéresse ? », me demande-t-il en aparté. « Non, du tout. Mais c’est une femme, je lui dois un minimum ». Il ne répond rien. Ca l’emmerde.
C’est la fin du repas. On est déjà plus calme. On digère. Bastien et moi dégustons un digo, une petite poire. Nous regardons Magalie s’éloigner pour aller aux toilettes et tombons facilement d’accord sur le fait qu’elle a un beau cul mais que son jean n’est pas à sa taille, pas assez serré. La nuit est tombée depuis longtemps, contrairement à la température. La place est presque plus belle de nuit, avec cette maison de verre tout illuminée. C’est classe et reposant. J’ai de plus en plus des goûts de bourges. Une quinzaine de personnes sont regroupées à l’entrée du restaurant, à deux mètres de notre table, attendant qu’une place se libère. Certain attendent depuis au moins une demi-heure. Debout, ils discutent comme si de rien n’était. Nom de Dieu, ce sont des malades. Faut croire qu’ils n’imaginent pas manger ailleurs qu’au Fuxia. Bastien me montre les femmes qu’il trouve jolies tandis que je grille une cigarette. Toutes ces jolies femmes dans cette queue, tout ces corps avenants aux tables voisines, tout ces bras vides. Et dire, que je vais rentrer seul ce soir… J’aurais aimé dormir avec une femme. Juste dormir, pas besoin de baiser. Mais les hommes et les femmes ne savent pas s’organiser. Chacun garde bien jalousement sa solitude pour soi.
Ca fait bien 10 minutes que Magalie a quitté la table, il doit y avoir la queue aux toilettes. J’ai fini ma poire, ma cigarette aussi. J’ai envie de bouger. Je décide d’aller pisser et entre dans la salle. Je regarde les tables composées presque exclusivement de femmes – j’adore ce restaurant pour ça, une sacrée bonne adresse – puis descend l’escalier. Je suis surpris de ne trouver personne devant l’unique porte des WC. J’attends quelques instants, puis me décide à frapper. Je tente un « tout va bien? Magalie? C’est toi » ?. Un « oui » me parvient. Il y a toujours personne à l’horizon et je me souviens que les toilettes du restaurant sont vraiment grandes… Assez grandes pour qu’une femme et un homme puissent s’y mouvoir aisément, dans toutes les positions. C’est le moment idéal pour tenter ma chance. L’effet de surprise, l’alcool, Bastien un étage plus haut. Je me dis que "the right move is the first move". Go ahead Elvis! Mais en moins d’une seconde je perds mon élan, mon allant et mon accent. Je n’ai pas la force pour ça ce soir… Pas la force pour un énième arrêt d’autobus.
J’entends le verrou grincer. Magalie apparaît, livide, les traits tirés. Elle me dit qu’elle est malade. Pendant que nous étions en train de mater, Magalie était en train de dégobiller. Charmant. Je lui passe de l’eau sur le visage, la laisse reprendre ses esprits. Je tente de la rassurer du mieux que je peux. « On est tous passé par-là », « mais non, on t’en veut pas, tu rigoles ? Qui n’a jamais vomi te jette la première pierre », « c’est pas grave du tout ma belle, ça arrive »… Elle est si gênée que je me sens mal pour elle. C’est vrai que je suis surpris qu’elle ne sache pas gérer l’alcool à son âge, mais bon.
Finalement, elle accepte de remonter à la surface. Elle ne réagit pas ou peu, elle se concentre pour ne plus vomir. Je n’aimerais pas être à sa place ; en général, je me débrouille pour être malade chez moi. J’explique le Schmilblick à Bastien qui me fait remarquer qu’on a vraiment la Schkoumoun, ce sur quoi je ne peux lui donner tort. On règle la note, on met Magalie dans un taxi, ciao, bonne nuit.
Et voilà, on se retrouve entre couilles. Et notre motivation en pâtit, ciao, bonne nuit.
23 mai 2007
Moi et mon oeil
20 mai 2007
Funambulisme
Rien
Nulle part
Même dans mon verre
Plus rien
Les sensations sont parties
En douce, en scred, sans un mot...
Se traîner sur terre
Attendre une délivrance
Une sentence qu'on espère
Même plus...
La faiblesse de rechercher un signe
Le signe d'une présence
Je suis faible
Et parfois j'y crois
Quelques souvenirs évanescents
Et bientôt il ne restera vraiment plus rien
Juste des bouts inventés
Et on peut vivre comme ça
Sans savoir où s'agripper
Quand ça va mal
Quand ça fait mal
Sans refuge possible
Tout seul
On encaisse
On fait face, une fois de plus
On s'endurcit, un peu plus
On reste en équilibre
C'est ça être libre
17 mai 2007
La danse de Saint-Guy
Depuis combien de temps suis-je ainsi? Voûté sur ce tabouret de bar, penché sur le comptoir. Depuis combien de temps suis-je dans cette position? La clope pendante, retenue par mes lèvres humides. Ma main serrant si fort mon briquet qu'on croirait que je m'y agrippe pour ne pas tomber. Mon bras comme figé, stoppé net dans sa course vers ma cigarette. Le regard tellement vide qu'il transperce tous les murs, toutes les montagnes, survole mers et océans pour venir se fixer sur ma nuque. Glacial.
Depuis combien de temps suis-je absent? Je n'en sais foutrement rien. Une vodka glace et une canette de Dark-Dog sont posées devant moi. Aucun souvenir d'avoir passer commande. Je sors doucement de ma torpeur, me démarque finalement des éléments de décor en esquissant quelques gestes. Je fais rougir mon mégot, verse la moitié de la canette dans ma vodka et bois le reste d'un trait.
J'ai longuement erré ce soir, j’ai longuement marché sous une pluie de circonstance. Quatre heures que j'arpente petites rues et ruelles, quatre heures que j’écrase des trottoirs abandonnés. De bistrots de quartier en bars branchés, j'ai bu régulièrement, méthodiquement... Verre après verre j'ai fait valser toutes ces foutues barrières qui me séparent de la vie dans ce qu'elle a de plus cru, de plus crade, de plus dégueulasse. Seuls restent alors les sentiments, tranchants. Seule reste la réalité crasse. La vie telle qu’elle est, ratatinée.
Je me sens fatigué. Trop picolé. Trop arqué. Je suis bien content d'avoir trouvé un tabouret où m'écrouler. C'est déjà ça. Je suis incapable de dire où je suis. Probablement vers Pigalle. Je parcours la salle de mes yeux bleus sur fond rouge sang. Le bar est sombre. La lumière est concentrée sur les bouteilles alignées sur des étagères, comme des trophées, comme autant de possibilités. Deux cages surplombent une piste de danse vide. L’une d'elles est habitée par une gogo-danseuses qui se trémousse pour le minimum syndical. Jolie mais mollassonne. Les poivrots la regardent quand même, parce qu’il faut bien fixer son ennui sur quelque chose...
Je reviens à mon verre et à mes angoisses. Je fouille mes plaies, tourne, enfonce, arrache, déchire, ouvre plus encore. J’appuie là où j’ai mal, de toutes mes forces… Là où ça fait chialer et miauler de détresse… Ne pas s’évanouir, non. Ne pas se dérober par la petite porte. Aller jusqu’au bout de la douleur, l’affronter et la vaincre, peut-être. Le regard fixé sur deux pailles mordillées laissées de côté, je repense à cette citation de Céline : « C'est peut-être cela qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir ». Et je me dis que, oui, c’est peut-être cela… Sinon, quoi d’autre ?
Noyé dans mes pensées, je sens qu’on essaie de me ramener sur la rive du réel. C’est une femme qui me sort de ma boue. Sans âge, petite, son visage anguleux est dépourvu de grâce. Plutôt maigre, elle a une tâche brune sur une dent. Elle doit avoir besoin de compagnie, on ne repêche pas un homme par hasard. Ca fait deux ou trois fois qu’elle me parle mais ses mots m’échappent.
« Quoi?
-- Ca va pas? »
Je reste silencieux.
« Ca va pas ?
-- Si, si, je m’entraîne à mourir. »
Surprise, il lui faut quelques secondes avant de réagir.
« Quoi ? Tu veux mourir ?
-- Mais non.
-- Alors, pourquoi tu dis ça ?
-- Pour rien, c’est une citation… Comme une bouteille à la mer.
-- Hein ?
-- Non, rien. Je dis n’importe quoi. Laisse tomber. »
Je prends une grande lampée de vodka au goût de médoc et m’allume une cigarette.
« T’as l’air triste.
-- Ah…
-- Oui.
-- Mmm, on me le dit souvent.
-- Ah, tu vois. Qu’est ce qui va pas ?
-- J’sais pas.
-- C’est une femme ?
-- Non.
-- Elle t’a quitté et tu es malheureux ? »
Mes yeux se perdent à nouveau au loin. Je réponds à une voix qui me semble venir d’ailleurs.
« Non, c’est pas ça.
-- C’est quoi alors ? Dis-le moi. Ca te fera du bien de parler. »
Un frisson me parcourt le dos. J’ai l’impression qu’une larme s’invite dans la conversation.
« J’arrive pas à être un salaud.
-- Quoi ? Tu veux être un salaud ?
-- Pourtant j’essaie…
-- Mais qu’est ce que tu racontes ? Tu essaies de devenir un salaud ?
-- Ce serait plus facile, non ?
-- T’es pas bien toi.
-- Oui, ce serait plus facile. Se foutre de tout, ne penser qu’à soi.
-- Mais c’est pas bien d’être un salaud !
-- C’est la seule manière d’arrêter de tirer la langue. Ce serait la fête.
-- La fête ?
-- Oui, la fête ! Un putain de pied de nez à la vie !
-- Quoi ? Mais tu délires !»
C’est alors que je descends de mon tabouret et entame une danse. Les jambes pliées, raide comme un piquet, je fais de petits gestes cadencés. Mes poings fermés s’animent au-dessus de ma tête. Mes yeux écarquillés accompagnent la petite bouche déformée que je viens de me fabriquer. « Oui, la fête ! », dis-je d’une petite voix aussi ridicule que l’air que je prends. Être le plus ridicule possible pour désarmer la vie, c’est notre seule chance. Je continue de plus belle : « C’est la fête, c’est ma fête... ». J’accompagne mes petits cris de mouvements stupides et grotesques. Je tourne sur moi-même les bras repliés, mimant le fameux canard – un grand homme, paix à son âme – qui se secoue le bas des reins et fait coin-coin. C’est de la légitime défense, merde. Je vais quand même pas me laisser faire…
Mais ma voisine ne le voit pas de cet œil là. Elle croit que je me moque d’elle, alors qu’il s’agit juste de ne pas baisser les bras…
« T’es saoul !
-- Non, je suis lucide.
-- T’es complètement cinglé » me dit-elle, agressive cette fois.
« Tu te fous de ma gueule ?
-- Qu’est-ce qu’il y-a, t’aimes pas les canards ? »
Je continue ma petite danse, je me tortille, me tords comme un verre. Allez, courage, encore un petit effort… Je suis à deux doigts de passer du ridicule au sublime. La vengeance ultime. Alors, j’y vais de plus belles… Hop, hop, hop, un pas de deux… Hop, hop, hop, mes petits pas de vieux…
Je tente d’entraîner ma nouvelle amie dans la danse, qu’elle ne se sente pas rejetée.
« Danse avec moi, c’est la danse de Saint-Guy !
-- Arrête putain !
-- C’est notre seule chance ! Danse ! »
Je l’attrape pour l’attirer à moi. Elle me repousse et se brûle avec ma cigarette.
« Mais tu es vraiment un malade ! Putain, faut te faire soigner ! Regarde ce que tu as fait!». Elle est vraiment énervée maintenant. Je m’arrête de sautiller pour m’excuser. Elle ne décolère pas, une folle…
« Hé Christine, il t’emmerde ce mec ? ». Je tourne la tête pour voir qui parle. Un mec brun, cheveux très courts, avec de petits yeux enfoncés. Un mauvais celui-là. Un peu plus petit que moi, trapu, il s’approche pour montrer qui est le mâle. Il fait sa roue comme le paon devant sa femelle.
« Il m’a brûlé avec sa cigarette.
-- Ah, oui ? » fait-il en me regardant d'un air méchant.
« Laisse tomber, il est trop con »
Au lieu d’écouter son amie, le paon trapu pose sa main sur mon épaule et baisse ses petits yeux comme pour chercher ses mots. Une diversion avant de m’attaquer. C’est la vie qui se rebiffe, elle n’aime pas qu’on la parodie. Ne pas rester planté là comme un con à attendre. Toujours taper en premier, toujours. Alors, sans trop réfléchir – merci l’alcool – je saisis son bras et tente de lui péter le genou en m’appuyant de tout mon poids sur son articulation. Le genou n’a pas cédé, même pas plié je crois, mais c’est suffisant pour lui faire perdre l'équilibre. J’en profite pour le frapper. J’essai de viser la gorge. Putain, j’ai trop bu. C’est sa tempe qui prend. Je tente de le mettre au sol. L’adrénaline tend mes muscles. L’excitation, la peur. Je tremble. Je balance mes poings comme je peux. Il tombe par terre. Ouf, le plus dur est fait. Ne pense à rien, ne fait pas de crise de conscience. Finis le à terre. Ne le laisse pas se relever, on ne sait jamais. Allez, merde, savate-le au sol. Vise la tête et le foie. Le temps de l'hésitation je suis frappé à deux reprises. Une mandale dans la mâchoire et un coup de pied dans les côtes qui m’envoie valdinguer sur une banquette. Je ne sais pas d’où ça vient, mais de toute évidence celui qui m’a frappé sait se battre, contrairement à moi. Je n’ai aucune chance. Je ne me suis battu que dans la rue, avec mes potes. Pour des histoires de racket, de shit ou de sale gueule. On se battait avec la rage mais de manière désordonnée. Des coups de poings et des coups de pieds mal assurés. La plupart d’entre eux fendaient l’air. On se battait tellement mal qu’on était rarement blessé. Dans la rue il n’y a que des amateurs. Deux trois coups, une diversion et tout le monde détalait. Et si quelqu’un sortait une arme, on décampait plus vite que prévu, voilà tout. C’est pratique pour ça la rue, on peut toujours s’échapper quand on a de bonnes baskets aux pieds.
Mais ce soir il n’y a pas de fuite envisageable. J’empoigne alors une bouteille qui traînait sur une table, la cache le long de ma jambe et fonce sur l’agresseur. Reprendre l’avantage, peu importe les moyens. Je n’ai pas fait un mètre que je sens mes pieds mouliner dans le vide. Je ressens une douleur intense parcourir mon bras droit et lâche la bouteille. Mes pieds ne touchent littéralement plus le sol. J’ai le bras dans le dos, mon poignet tordu à la limite de la casse. Deux gros videurs me portent vers la sortie. Je suis expulsé manu militari par les deux golgoths. La gueule dans la poussière, je me relève, reprends possession de mon bras, et pars me perdre dans les ruelles sans demander mon reste… On ne sait jamais, des fois que les potes du paon trapu aient dans l’idée de me faire goûter leurs semelles.
Je marche d’un pas rapide, les dents serrées. Ca faisait vraiment longtemps que je n’avais pas senti le sang sur mes gencives. L’excitation n’est pas retombée. Je revis mille fois ce qui vient de se passer tandis que j’enchaîne les trottoirs. Putain, que c’est bon de se sentir vivre. Nom de Dieu, c’est bon mais tellement rare... Car la vie se fait désirer. Elle s’absente pendant des mois, parfois des années, et ne re-pointe le bout de son nez que pour quelques instants, intenses. Et peu importe alors si elle nous plonge la gueule dans de l’eau glacée ou bouillante. Peu importe si on souffre. Car ce qui compte c’est de sortir de cette eau tiède et saumâtre dans laquelle on stagne et croupi un peu plus chaque jour.
Oui, je me sens vivant. Mieux vaut la souffrance que le néant. Définitivement. Et je me mets à courir. Je me mets à courir comme un dératé, comme quand j’avais dix ans. Je traverse les passages piétons sans ralentir, sans un coup d’œil pour vérifier si la voie est libre. Je ne mourrai pas ce soir. Ce soir, je suis vivant!
11 avril 2007
Il y a...
Il y a des jours où la solitude pèse infiniment plus lourd
Il y a des heures où la vie n'a plus aucun goût, même pas amer
Il y a des minutes qui passent comme des leurres
Il y a des secondes qui torturent l'âme jusqu'au sang
... Il y a des vie qui passent et s'empilent dans la benne de l'oubli
06 avril 2007
Humanitaire
Si un jour une femme s'attache à moi...
ce ne sera pas de l'amour,
ce sera de l'humanitaire.
05 avril 2007
Sarah
Sarah, it's like a two-syllable poem...
04 avril 2007
Rencontre
Je t'ai vu, j'ai eu envie de me rapprocher
Tu m'as regardé, je m'imaginais t'enlacer
Je t'ai parlé, mon coeur voulait t'embrasser
Tu m'as souri, je ne voulais plus te quitter
Tu es partie, je me suis senti pleurer
Je me souviens, mes blessures se mettent à saigner
02 avril 2007
La nature renaît aujourd'hui
Lundi, midi. J'ai prétexté une course à faire. Ils sont partis à droite, en direction du Comptoir de l'Arc. Je suis parti à gauche en direction d'endroits où ils ne seraient pas. Il m'aurait été impossible de supporter mes collègues de bureau, d'écouter leurs histoires pré-machées... Ecrasé par le sommeil, encore étourdi par l'alcool je me dirige péniblement vers la pharmacie. Mes pensées sont laborieuses. Je n'ai pas dormi de la nuit. Des flashs me font revivre le tourbillon de ma fuite.
J'ouvre la porte de la pharmacie, une sonnette retentit. C'est vide. Les gens ne sont pas malade quand il fait beau, ils ont autre chose à faire... Une jeune femme sort de l'arrière boutique et vient à ma rencontre. Nous nous rapprochons l'un de l'autre jusqu'à ce qu'un comptoir viennent nous barrer le chemin. Environ 30-35 ans, petite, rousse avec de grands yeux marrons. Très jolie. On est jamais tranquille...
"Bonjour Monsieur.
-- Bonjour. Mmm, euhhh... la pilule du bonheur s'il vous plaît.
-- La quoi? me réponds la pharmacienne sans esquisser le moindre sourire.
-- Des aspirines upsa et... de la citrate de bétaïne"
J'ajoute un tube de vitamines que j'ai pris sur un présentoir, paie et sors.
Je reprends ma route sans vraiment savoir où je vais. Je m'arrête dans un snack et repars avec une bouteille d'eau et un mars. Je continue à déambuler au soleil, regarde les vitrines, les vendeuses... Je jette un oeil curieux sur les tenues que l'on retrouvera bientôt dans nos rues... Les bermudas font la part belle aux longues jambes, la mode est courte cette année... Plaisir des yeux et des sens, frustration du cœur...
Les talons des femmes claquent sur le trottoir... tac, tac, tac, tac, tac... Elles sont légèrement vêtues aujourd'hui, les chaires se dévoilent enfin. Elles sont pressées aussi, elles me dépassent, certaines râlent de ma lenteur... Je les croise, sans les voir.
J'arrive avenue Matignon et trouve un banc sous un arbre. Cette petite promenade m'a fait du bien, mais je suis content de me poser. J'ouvre ma Vittel, bois une gorgée et y glisse par le goulot deux comprimés upsa et un de citrate. Ma bouteille en ébullition dans les mains, les badauds me regardent en coin. J'observe les femmes qui passent devant mon banc. Regarder les femmes, c'est ce que je fais de mieux. Je ne peux m'en empêcher... Je les regarde avec respect, avec désir parfois, avec tendresse toujours.
Lorsque mes yeux fatigués croisent une jolie femme -- et elles sont nombreuses dans ce quartier -- j'essaie de m'imaginer qui elle est, ce que peut être sa vie... Je me demande si elle est heureuse, si elle a un homme, un mari, un amant?... Est ce qu'elle l'aime? Vraiment?. Puis, je m'interroge sur ce que pourrait être ma vie si elle y entrait... Je l'imagine, je l'invente... Quelques instants me suffisent pour avoir une autre vie... une vie où je pourrais enfin être moi, être deux... Et les femmes passent devant moi, sans s'arrêter, emportant avec elles mes vies, mes espoirs de bonheur. Tac, tac, tac, tac, tac, fait mon bonheur sur le pavé tandis qu'il s'éloigne... Et je reste là avec ma gueule de bois.
Il fait beau aujourd'hui. Le soleil du printemps fait éclore les ombres, il redessine les contrastes de la vie.
J'entends les enfants courir vers leurs mamans, les oiseaux chanter dans l'indifférence générale, les dernières feuilles mortes crisser sur le ciment. Les gens semblent heureux, ils sont dehors, ils parlent fort. Oui, la vie est de retour. Oui, la nature renaît aujourd'hui. Mais sans moi...

