31 mars 2007
De l'intensité de la vie
"On ne peut vivre intensément qu'aux dépens de soi-même"
(Hermann Hesse - Le Loup des steppes)
30 mars 2007
La solitude peut avoir son utilité
"Rien ne peut être fait sans la solitude"
(Pablo Picasso, Métamorphoses et unité)
28 mars 2007
Secs comme des pierres
Lundi 26. Rue Daunou. Ma montre indique 00h05. Je remonte la rue sans trop de conviction. Chacun de mes pas m'éloignent un peu plus de ma ligne de métro mais l'urgence est de ne pas être suivi par les trois collègues de bureau qui m'ont regardé boire toute la soirée avec cette petite pointe de mépris. Des gens tristes et petits, avec des rêves de consommation et de promotion. Pas méchants, juste... pas bandants. Juste déprimants.
Enfin seul! Je retrouve avec plaisir ma solitude. Celle-là même qui me fait tant souffrir. Cette pensée, ce paradoxe me fait sourire douloureusement. La solitude est ma maîtresse; une maîtresse exigeante, à la fois bourreau et amante... Et je sais pertinemment qu'il me faudra toujours composer avec elle... C'est que je la connais depuis longtemps la bougresse. Elle s'est imposée très tôt dans ma vie... Mais la solitude n'est pas une voleuse, elle prend juste les espaces abandonnés. Comme la nature, elle n'aime pas le vide. Le hic, c'est qu'une fois installée elle défend son beefsteak... Seule une femme saura reprendre du terrain... peut-être.
Au milieu du trottoir, juste devant l'entrée d'un bar, je suis resté immobile quelques minutes. Perdu dans mes pensées, les yeux dans le vague, une cigarette collée aux lèvres, mes mains s'agitaient dans mes poches à la recherche d'un briquet qui ne se montra jamais... Je repris conscience et, comme par peur d'être surpris dans cet état végétatif, je suis entré en deux-deux dans ce bar qui me faisait face.
C'est la première fois que j'y mets les pieds, mais l'ambiance me plait immédiatement... Chaleureux, murs rouge rayés de jaune crémeux, lumières tamisées, trompettes suspendues au dessus d'un nuage de fumé, du jazz pour faire rêver... Le retour en métro n'est plus d'actualité. Je prends place au bar, commande une vodka glace et m'enquiers d'allumette. Je jette un oeil dans la salle pour regarder les femmes. On ne sait jamais peut-être que je la reconnaîtrai, peut-être qu'elle me reconnaîtra... Je me trouve pathétique et me retourne vers mon verre. J'aimerai ne plus espérer... Mon voisin de bar est un black énorme, ses bourrelets débordent de partout. J'ai l'impression que le verre de champagne qu'il tient dans sa main peut éclater à tout instant. En bougeant son bras pour remonter ses lunettes de soleil sur son front, il dévoile un minuscule chien posé juste devant lui sur le comptoir... Je crois que c'est un chiwawa... Ce gars doit faire 1m90, peut-être 140kg, et il a choisi un chien qu'il risque de tuer à chaque fois qu'il le caresse. Rien d'étonnant que ce chien soit en train de trembler... Je commande alors une vodka redbull et me demande si le chien va faire une crise cardiaque, comme le caniche royal de Senior Galba, entre une coupe de champagne et une pile de cendriers. Le temps de siroter mon verre tout en observant le barman s'activer, le bibendum était parti sans que je m'en aperçoive... Tout ceci me semble complètement irréel et j'en suis ravi... La vie commence à ressembler à quelque chose...
Deux verres se sont écoulés avant que l'on vienne m'épauler au bar... Deux femmes ont investi les tabourets à mes côtés... Je ne les regarde pas... Je n'espère plus depuis un petit moment déjà, l'alcool exacerbe ma lucidité... J'entends leur conversation. Elles sont éméchées. Ca parle de David, du concert dont elles reviennent, de Laurent qui n'a pas rappelé, de Sandrine qui s'est faite larguée, de la fashion-week qui vient de se terminer... blablabla et blablabla...
Ma voisine me demande du feu. Sa copine au téléphone, elle en profite pour engager la conversation alors que je craque une allumette. Elle est plutôt agréable et arbore un sourire franc. Elle est grande, brune et de longs cheveux frisés et des yeux noirs. Elle est trop proche de moi pour que je puisse me faire une idée de son corps... Débute alors une conversation sans grand intérêt, une conversation à sens unique et ça me va bien comme ca. Je la laisse parler abondamment... Je retiens qu'elle est régisseuse d'un théâtre, qu'elle s'appelle Linda, qu'elle vient de se faire larguer et qu'elle a 31 ans. J'oublie aussitôt le reste. Je me laisse porter par ses paroles, sans omettre d'acquiescer ou de poser une question de temps à autres. Elle a une voix suave... Manifestement elle aime charmer et maîtrise bien son affaire... Sa main vient se poser sur mon genoux comme pour ponctuer ses phrases...
Ca fait beaucoup de mots, beaucoup d'attentions d'un seul coup... J'avais envie de calme, de solitude et me voilà aux prises avec une femme qui, bien que charmante, ne semble pas supporter le silence... J'ai besoin d'une pause... A la fin d'une tirade sur le festival de Sundance et l'intérêt des américains pour les films indépendants, je m'excuse et vais me réfugier aux toilettes. Un grand miroir est rivé au dessus des WC souillés par des hommes qui ne savent ni viser ni essuyer. Je me regarde en train de pisser. Je me demande si mon visage reflète qui je suis ou bien si il me sert de camouflage... Après réflexion, j'opte pour la thèse du camouflage. Je fais coulé l'eau froide entre mes doigts et me rafraîchi le visage. Bien sûr le séchoir est en panne et mon jean fait office de serviette éponge. Je me regarde à nouveau dans la glace. J'espère que Linda est parti. Non. Oui. Enfin, je sais pas... Je me dis que si j'étais méchant et égoïste, la vie serait plus simple... Si j'étais moins con aussi... Je sors des toilettes, croise une très jolie brune qui ne me regarde même pas et regagne mon tabouret. Linda n'a pas bougé mais sa copine n'est plus là. Elle m'explique qu'elle a dû partir pour une histoire de clés perdues et de serrurier qui demande 200 euros pour se déplacer. Putain, les choses se compliquent. Et si je partais? "Linda, content de t'avoir rencontré. Faut que j'y aille". C'est pas difficile à dire, merde! Mais non, je n'ai jamais su quitter une femme. Je m'améliore mais j'ai encore beaucoup trop de moments de faiblesse. Ma seule réaction fut donc de me commander un verre, pour me donner du courage.
Il est 1h50, le bar doit fermer, il n'y a plus de musique, la lumière est devenue agressive, il faut vider les lieux. Je sors pour fumer une cigarette. Linda est allée aux toilettes. Je pourrais partir, c'est le bon moment. Mais non, je ne suis pas un salaud... Enfin, pas assez... Je ne sais même pas ce dont j'ai envie au fond. J'allume ma cigarette et profite de l'air frais, et puis on verra bien... Linda réapparaît.
" -- T'habites où?
-- Près du bois de Boulogne, dis-je. Ne jamais être trop précis... Ne jamais être trop précis...
-- Parfait! me répond Linda avec un grand sourire. On peut partager un taxi alors.
-- Ok"
Je suis rassuré, elle ne va pas tenter de s'incruster chez moi. Mais par prudence, je la laisse donner son adresse au chauffeur, un chinois minuscule qui dépasse à peine du volant. Elle ne s'arrête pas de parler... sa voix est toujours aussi douce. Nous arrivons rue Montmartre. Après avoir payé le taxi, elle se retourne et me dis "tu viens prendre un dernier verre?". Sans attendre ma réponse elle sort en me prenant par le bras. Elle avait probablement dû comprendre qu'elle pouvait, qu'elle devait décider pour moi.
Je me laisse entraîner ce qui me permet de noter au passage qu'elle a un très joli cul. Et même si j'ai pas envie de baiser, cette idée me plait. Elle ouvre la porte d'entrée et grimpons dans l'ascenseur. Elle ne parle plus mais me regarde. Je ne sais pas de quoi elle parlait avant ça, je ne sais pas quoi dire, je ne sais pas ce que je fais là... Alors je me rapproche et l'embrasse parce que je ne sais pas quoi faire d'autre, parce que je suis trop saoul pour trouver un échappatoire. Merde, j'ai pas envie de ca...
En quelques secondes on se retrouve dans sa chambre... J'ai l'impression que c'est un deux pièces. Mon manteau et ma veste jonchent le couloir, son radio-réveil clignote dans le noir. Je me demande si je ne préfèrerais pas allumer la lumière mais ne trouve pas de réponse. Je prends l'option de m'occuper d'elle, d'autant que la quantité d'alcool que j'ai ingurgité ce soir me fait sérieusement douter de ma capacité à bander. Après de longs préliminaires je m'aperçois que ma virilité est bien au rendez-vous... Les délicieuses courbes de ma partenaire, son odeur, le goût de son sexe, la réaction de son corps, son souffle haletant, ses gémissements, ses petits cris échappés et étouffés ont finalement eu raison de la paresse sexuelle de l'homme saoul. Je n'ai pas envie qu'elle me suce. Et si on s'arrêtait là? Je doute que c'est ce qu'elle souhaite maintenant. Un préservatif, donc. Je cherche mon portefeuille et lui tend le bout de plastique pour qu'elle me l'enfile. Ca me fait chier car je sais pertinemment que je vais mettre encore plus de temps à jouir... Et j'ai raison. Et Linda semble ravie, apparemment très contente d'être honorée si longuement. Flattée même...
Nous sommes allongés, nus, sur le lit. Linda a posé sa tête sur mon torse et me caresse doucement tandis que mes doigts effleurent sa tempe. Enfin un moment de répit, un moment de douceur... On reste ainsi, sans parler, pendant de longues minutes. Elle se lève pour aller dans la salle de bain et j'en profite pour griller une cigarette. Ma montre indique 5h10. Je regarde les lignes dessinées par la lumière de la rue sur les murs de la chambre. J'essaie de penser à rien. Linda s'allonge à côté de moi. Je lui demande si je peux dormir chez elle. J'ai l'impression que ma question l'amuse. Elle acquiesce avec un sourire. Je programme le réveil sur mon portable et me couche avec le secret espoir qu'elle vienne se blottir contre moi. J'en ai terriblement envie mais je ne l'imposerai pas, je suis comme ça... Les yeux fixés sur son dos, je réfléchis à mon incapacité à être heureux... J'ai la conviction profonde que je ne changerai jamais, à moins que ... à moins qu'une femme ne me change... mon seul espoir. Je revois mon père anéanti, je pense à ma mère malheureuse... Finalement, je n'aurais jamais vu le bonheur autour de moi... A quoi ça ressemble exactement?
Je glisse vers Linda et la prends dans mes bras, elle se colle à moi. J'ai envi de pleurer mais rien ne vient, mes yeux sont secs comme des pierres...
Aimer...
"Aimer est une aventure sans carte et sans compas où seule la prudence égare."
(Romain Gary - Clair de femme)
25 mars 2007
By Szincza #3
(Szincza, Poland)
23 mars 2007
Un peu d'audace, que diable...
"Les audacieux ont vêcu, les timides ont duré"
(Ch de Gaulle)
22 mars 2007
Courage...
"Plus profondément le chagrin creusera votre être, plus vous pourrez contenir de joie."
(Khalil Gibran)
"En automne, je récoltai toutes mes peines et les enterrai dans mon jardin. Lorsque avril refleurit et que la terre et le printemps célébrèrent leurs noces, mon jardin fut jonché de fleurs splendides et exceptionnelles"
(Khalil Gibran)
ps: ...Hell
De la difficulté d'agir...
"Tu n'es rien d'autre que ta vie"
(Jean-Paul Sartre, Huit-Clos)
21 mars 2007
By Szincza #2
La vie laisse des traces
(Pironneau)
Parce ce que j'aime ces visages tailladés par le temps...



